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secateur

Quand tailler ?

” Beaucoup savent couper
mais peu savent tailler ! ”

Jean-Baptiste de La Quintinie (agronome du 17èmesiècle)

Effets de la taille : l’incidence de la période choisie

Assurément, tous les arbres ne sont pas identiques. Des stratégies et des mécanismes très différents peuvent ainsi être observés. Cela complique sérieusement toute tentative d'approche uniforme !

Il est néanmoins possible d'illustrer certaines phases typiques du cycle de vie des arbres sous nos climats, où la saison hivernale provoque la défeuillaison.

Tailler les arbres fruitiers est une étape nécessaire pour garantir leur bonne santé, une production généreuse et des fruits de qualité.

Cependant, il est important de noter que chaque intervention avec un sécateur ou avec une scie induit systématiquement une lésion dans l’organisme de l’arbre. Ces outils sectionnent le tissu vivant et le rendent ainsi vulnérable aux maladies et aux infections.

Théoriquement, la taille des arbres fruitiers peut être effectuée à tout moment de l’année. Toutefois, il est important de bien comprendre que la réaction physiologique de l’arbre à la taille est intrinsèquement liée au moment de l’année où elle est effectuée. Il est donc crucial de prende en compte les processus physiologiques en cours dans l’arbre au moment de la taille, ainsi que problèmes auxquels l’arbre est confronté au moment de l'intervention.

Connaître ces différents paramètres permet de choisir le moment le plus propice pour tailler en tenant compte des exigences physiologiques de l’arbre et en minimisant autant que possible les lésions induites.

Dans l’éventualité où la période de taille ne peut être choisie, il est recommandé de prendre en considération les phases de croissance de l’arbre lors de l’intervention. Cela implique d’adapter l’intensité, l’ampleur et la nature de la taille en fonction du stade de développement de l’arbre. Indépendamment du moment choisi pour la taille, il est impératif de veiller à ce que celle-ci soit réalisée de manière appropriée et respectueuse de la physiologie de l’arbre.


Au début de l'hiver : entre novembre et décembre environ

Inconvénients de cette taille

La taille des arbres entraîne invariablement des dommages, détruisant les mécanismes naturels de protection de l’arbre contre les éléments et les maladies. Durant cette période de l'année, les processus métaboliques de l’arbre sont de surcroit diminués et ralentis, limitant ainsi ses réactions de défense actives. Plus la taille est effectuée tôt après la chute des feuilles, plus cette phase de vulnérabilité est longue. Elle dure jusqu’à l’apparition des nouvelles feuilles au printemps.

Lorsque les structures protectrices sont éliminées par la taille, elles ne peuvent plus agir comme une barrière thermique pour les cellules internes. Par conséquent, ces cellules risquent d'être exposées à des températures inférieures à leur seuil de tolérance, ce qui peut entraîner des dommages cellulaires. Une taille risque de provoquer des nécroses, particulièrement si elle est effectuée de manière précoce durant la saison hivernale.

La capacité de formation de barrières de protection (compartimentation) contre les blessures, telles que celles causées par la taille, varie considérablement entre les différentes espèces d’arbres. L’espèce de l’arbre a une influence encore plus significative sur les dommages résultant de la taille que la période de l’année à laquelle la taille est effectuée.

Avantage de cette taille

Durant cette phase de l'année, les réserves nutritives sont principalement localisées dans le tronc épais, les branches et les racines où elles sont efficacement protégées contre les pertes induites par la taille. Par contraste, la concentration de ces réserves dans les branches fines situées en périphérie est relativement faible. Ainsi, lors d’une taille effectuée en périphérie, c’est-à-dire dans la zone des branches fines, l’arbre ne subit pratiquement aucune perte de ses réserves nutritives.


Fin de l'hiver-printemps : de janvier à mars, avant la foliaison

Inconvénients de cette taille

Les réserves nutritives, initialement stockées dans les parties internes de l’arbre et les racines, sont progressivement mobilisées après le début de l’année et transférées vers la périphérie des branches. Ces substances se déplacent vers les bourgeons, en préparation de la germination. Par conséquent, dans la zone des branches fines, la concentration de ces réserves est désormais plus élevée qu’au début de l’hiver. La réalisation d’une taille durant cette phase conduit donc à une perte plus significative des réserves nutritives comparativement à ce qui aurait été constaté au début de l’hiver.

La période juste avant l’émergence des feuilles jusqu’à peu après l’ouverture des bourgeons est particulièrement sensible. Les bourgeons sont très fragiles et peuvent se briser très facilement. L’écorce, en particulier celle des jeunes branches, a également tendance à s’écailler facilement. Les fleurs et les feuilles nouvellement développées sont également très sensibles durant cette période, notamment aux contraintes mécaniques (passage de branches taillées à extraire de l'arbre, utilisation d’échelles, etc.).

Avantage de cette taille

L’arbre initie sa phase de croissance active. Les processus biochimiques sont réactivés, et les réponses aux blessures causées par la taille se manifestent immédiatement après l’intervention. Suite à l’émergence des feuilles, l’arbre est capable de synthétiser des assimilats en fonction de ses besoins.

Remarque

Au printemps, les réserves énergétiques de l’arbre sont redistribuées vers leurs sites d’origine. Cependant, nombre de ces sites (branches portant des bourgeons foliaires) ont été réduits ou ont disparu. Par conséquent, l’énergie est réaffectée aux bourgeons et branches restants, entraînant une forte réaction due à la concentration d’énergie sur un nombre réduit de bourgeons. Une gestion habile de cette énergie permet non seulement d’éviter des réactions excessives incontrôlées (comme la croissance de gourmands), mais aussi d’utiliser cette vigueur pour favoriser et revitaliser les branches défavorisées. Ainsi, il est possible de rééquilibrer la croissance de l’arbre, en redirigeant la force vers les endroits souhaités. Cela nécessite une connaissance approfondie du potentiel de croissance de l’arbre.


Printemps : de mars à avril, juste avant et après la foliaison

Inconvénients de cette taille

Durant cette période, une multitude d’organismes nuisibles entrent dans leur phase active, ce qui représente une menace pour l’arbre. Le printemps, caractérisé par une activité biologique intense et une reproduction accrue chez de nombreux organismes nuisibles, engendre une augmentation des risques. L’écorce, qui présente une sensibilité accrue au début du cycle de croissance, est susceptible de se détacher facilement. Par conséquent, une attention particulière est requise lors de la taille afin de minimiser les dommages potentiels. Les feuilles nouvellement formées sont souvent ciblées par divers ravageurs et nuisibles comme sources de nourriture. Les dégâts causés peuvent entraver le processus de la photosynthèse et limiter la croissance et le développement de l'arbre. Par conséquent, de nombreux arboriculteurs préfèrent éviter cette période pour effectuer la taille.

Avantage de cette taille

Pourtant, la taille serait globalement bénéfique pour l’arbre durant cette période, car il se trouve dans une phase de développement où il produit de nouvelles pousses et feuilles.

A noter que cette période de taille est particulièrement appropriée pour les arbustes qui fleurissent sur des pousses de l’année précédente (comme le forsythia). Ces arbustes sont souvent taillés immédiatement après la floraison, avant le début de la croissance des nouvelles pousses (l’objectif de ces arbustes étant principalement la production de fleurs, qui peut être considérée comme leur ‘récolte’).

Remarque

Les pêchers sont aussi fréquemment taillés pendant ou après la floraison en raison de leur grande sensibilité au gel. Il est en effet préférable de retarder le plus possible cette taille qui est de plus relativement sévère, avec notamment l'élimination des pousses de l’année (du moins dans le cadre de l’arboriculture fruitière commerciale). Cela offre ainsi davantage d’options et d’alternatives pour gérer les dommages causés par le gel.


Du printemps au début de l'été : d'avril à juin, phase de croissance

Inconvénients de cette taille

C'est la phase de croissance la plus intensive des arbres, tant en termes de développement en longueur qu’en épaisseur. L'efficacité des réactions de défense contre les plaies est optimale pendant cette période.

Mais, c’est également durant cette phase que de nombreux organismes sont très actifs. Ils requièrent une quantité croissante de nutriments pour subvenir aux besoins de leur descendance en pleine croissance. Les insectes et les champignons, entre autres, traversent diverses phases de développement, chacune caractérisée par des exigences spécifiques qui menacent l'arbre à des degrés divers. Ainsi, il n'est pas aisé de donner ici une recommandation uniforme. Néanmoins, il faut toujours garder à l’esprit que chaque incision due à la taille représente une blessure pour l'arbre.

Tailler durant cette période crée forcément des portes d’entrée dangereuses dont peuvent profiter les ravageurs et les nuisibles. De plus, les jeunes pousses et feuilles sont des sources de nourriture recherchées par tous les animaux amateurs de jeunes tissus.

Avantage de cette taille

Dans cette période, la taille stimule la formation de nouvelles pousses et ramifications. La plupart du temps, l’arbre réagit de manière optimale aux blessures. Néanmoins, le fait que ce moment soit favorable ou non pour la taille dépend surtout de la situation du moment (présence de ravageurs, risques d'infection, etc), mais aussi de la nature des blessures provoquées par la taille.


Début de l'été : juillet, fin de la croissance longitidunale

Durant cette phase, on observe une décélération, voire une cessation de la production de nouvelles pousses et feuilles chez de nombreux arbres. Parallèlement, le volume des cellules nouvellement formées, qui contribuent à l’accroissement en épaisseur de l’arbre, diminue également. Cette réduction du taux de croissance est manifeste dans les anneaux de croissance annuels. Cela peut être interprété comme une réponse adaptative des arbres aux conditions environnementales, permettant une économie de ressources pendant les périodes moins propices à la croissance.

Inconvénients de cette taille

La réduction de la biomasse foliaire due à la taille entraine une diminution de la capacité de l’arbre à produire des assimilats. Cette baisse de productivité ne peut être entièrement contrebalancée par la formation de nouvelles feuilles. En d’autres termes, la capacité de l’arbre à compenser la perte de feuillage par la production de nouvelles feuilles est insuffisante pour maintenir un niveau optimal de photosynthèse et donc de croissance.

Dans des conditions climatiques spécifiques (chaudes et humides), la taille peut engendrer une croissance végétative indésirable non souhaitée. Ce développement est jugé indésirable car les branches qui se développent tardivement n’atteignent leur maturité qu’en hiver. Ces branches tardives ont généralement une faible survie hivernale et présentent une sensibilité accrue aux pathogènes.

De plus, dans de nombreux arbres fruitiers (comme les pommiers et les poiriers), la taille peut perturber la différenciation florale des bourgeons terminaux. Si une nouvelle pousse se développe au lieu d’un bourgeon, cela compromet la floraison et donc le rendement fruitier de l’année suivante. Cette logique de croissance s’applique également aux arbres non fruitiers, bien que les objectifs de croissance puissent différer.

Avantage de cette taille

Tailler durant cette période ne présente pas d'avantage particulier.

Remarques

Pour les cerisiers dont la récolte tombe souvent durant cette période, la taille post-récolte est pourtant une pratique courante. L'intervention est généralement justifiée par l’hypothèse que les arbres disposent d’un laps de temps suffisant entre la taille et l’arrivée de l’hiver pour compenser les perturbations causées par la taille et se préparer aux conditions hivernales.

Cependant, la plupart des gens ne se contentent habituellement pas d'une taille légère avec de simples ajustements. Fréquemment l’objectif quasi-utopique de la taille des cerisiers, c'est plutôt de réguler leur croissance en éliminant de grosses branches.

Or il serait sans doute plus judicieux, du point de vue de la physiologie végétale, de réserver toute intervention de taille importante pour la fin de la période hivernale. Cela pourrait minimiser les perturbations du cycle de croissance de l’arbre et optimiser sa réponse à la taille.

De plus, la taille estivale peut entraîner une exposition directe du tronc de l’arbre aux rayons solaires intenses, ce qui peut induire des lésions thermiques au niveau du cambium, la couche de cellules végétales actives située sous l’écorce. Ces lésions peuvent perturber les fonctions vitales de l’arbre, comme la croissance et la résistance aux stress environnementaux.


Eté et fin d'été : août à septembre, phase de maturité et récolte

Vers la fin de l’été, les arbres ont considérablement ralenti leur croissance. Si des fruits sont présents, ils sont en train de mûrir. Pendant ce temps, les branches continuent leur développement et les bourgeons se préparent pour la prochaine saison de croissance. Ce processus ne nécessite pas beaucoup d’énergie ou d’assimilats.

Les assimilats désignent les composés organiques, principalement des glucides, qui sont le résultat du processus de photosynthèse. Ces composés sont synthétisés par les plantes à partir de l’énergie lumineuse, du dioxyde de carbone atmosphérique et de l’eau absorbée par les racines.

Inconvénients de cette taille

La majorité des assimilats, synthétisés par les feuilles, est maintenant affectée à la constitution de réserves pour l’hiver. Ces réserves sont essentielles pour la survie de l’arbre pendant la saison hivernale.

Cette période est donc le moment opportun pour l’arbre de stocker ces ressources vitales.

Tailler à la fin de l’été perturbe la production des réserves dont l’arbre aura besoin pour survivre pendant l’hiver. En éliminant une partie des feuilles par la taille, on prive de fait l’arbre de ses principaux organes de production d’assimilats. Une taille sévère en fin d'été affaiblit l'arbre et le débourrement printanier sera beaucoup plus faible. Elle peut même être fatale aux arbres vieux ou malades.

Avantage de cette taille

Par contre, l'arbre est encore suffisamment actif pour pouvoir réagir aux blessures dues à la taille. Il s'agit alors d'évaluer si la taille n'affaiblit pas trop la résistance et la vitalité de l'arbre parce qu'on le prive d'une partie des substances de réserve.

Remarques

La pousse modérée induite par une intervention effectuée durant cette période pourrait inciter à tailler des sujets vigoureux dans l'idée de ralentir leur forte croissance. Toutefois, cette intervention est en premier lieu délétère pour l’arbre, rendant ainsi la pertinence de cette solution hautement discutable.

Une taille adaptée en fin d'hiver permet aussi de réguler l’expansion des arbres à croissance rapide en distribuant de manière homogène l’énergie à l’ensemble des bourgeons, mais sans les mettre en danger.


La “taille d’été” en arboriculture fruitière se distingue de la taille d’entretien conventionnelle. Elle consiste principalement à éliminer certaines pousses annuelles nouvellement formées et superflues. Cette pratique diffère de l’élagage structurel qui implique la taille du bois plus ancien et modifie la forme et le volume global de l’arbre. Il est important de noter que le terme “taille d’été” est souvent utilisé de manière incorrecte par de nombreux arboriculteurs pour désigner de façon inappropriée la “taille pendant la saison de croissance”, ce qui est une notion distincte.

La “taille d’été”, une technique couramment employée en arboriculture fruitière, débute à la fin de la phase de croissance des pousses. Pour la plupart des espèces d’arbres fruitiers couramment cultivées, la croissance des pousses principales s’achève vers le mois de juillet. La fin de la croissance des pousses est perceptible lorsque le bourgeon terminal est formé. Par conséquent, la période de taille d’été s’étend généralement de juillet à août, avec quelques exceptions possibles (fin juin ou début septembre). Ainsi, l’apparition du bourgeon terminal sur les nouvelles pousses signale le début de la période de “taille d’été”. L'observation des feuilles permet de déterminer sa fin : la coloration des feuilles et la dégradation subséquente des nutriments de la feuille marquent le début de la phase suivante.

Dans la culture fruitière traditionnelle, la “taille d’été” (effectuée en juillet/août, principalement sur les pommiers) consiste à éliminer uniquement les pousses d’un an qui seraient de toute façon supprimées en hiver en raison de leur taille excessive ou de leur mauvaise orientation. Cette pratique vise à favoriser l’exposition des fruits au soleil, ce qui augmente leur teneur en sucre et intensifie leur goût. De plus, cette taille permet de valoriser les nouvelles branches fruitières sélectionnées et les boutons floraux qui se forment en juillet, qui sont plus performants en l’absence de concurrence.


Durant la période estivale, des interventions légères d’éclaircissage sont réalisables sans conséquences majeures pour l’arbre. Les pertes occasionnées peuvent être compensées et l’arbre est encore en mesure de réagir aux blessures. Toutefois, il est impératif d’éviter toute taille structurelle significative. Une telle intervention pourrait compromettre la capacité de l’arbre à accumuler suffisamment de réserves pour la période hivernale et le débourrement printanier.


Pour conclure

Certes, la taille est en théorie possible toute l'année. Néanmoins, certains moments sont clairement plus propices à cette activité que d’autres. Par ailleurs, chaque arbre a des besoins spécifiques.

Les objectifs de la taille, certains dangers extérieurs comme les ravageurs et les agents pathogènes, peuvent également influencer le moment optimal.


Tableau récapitulatif
Période Préconisation
Automne et début de l’hiver Période défavorable : il est préférable d’éviter la taille sauf en cas d’absolue nécessité
Sortie de l'hiver Période favorable pour tailler
Pendant la floraison et la foliaison Période plutôt défavorable, haute sensibilité des organes
Avril à juin Période favorable
Taille estivale En dehors des tailles d'éclaircissage, période défavorable, car taille a un impact négatif sur la capacité de l’arbre à accumuler des réserves énergétiques pour la saison hivernale



Remerciements et sources

Cet article s’appuie sur les travaux de M. Johannes Bilharz, publiés sur le site allemand du Baumpflegeportal" (qu'on pourrait traduire par “Portail de soins des arbres”).

Avec l’autorisation de M. Bilharz, j’ai repris et traduit ses idées pour les intégrer dans cet article.

Je tiens à exprimer ma gratitude à M. Bilharz pour avoir partagé ses recherches et pour m’avoir permis de les utiliser comme base pour cette publication.


Source Lien
Baumpflegeportal Was passiert im Baum im Jahresverlauf?


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